L’Internet français perd la mémoire

Les archives du WebRien de plus agaçant, pour un internaute, de cliquer sur un lien au sein d’un article et de se trouver confronté à une « Erreur 404, page introuvable ». S’il arrive que ce désagrément soit dû à une erreur du webmaster du site sur lequel se trouve le lien, c’est bien plus souvent dû au fait que la page pointée a été supprimée du site sur laquelle elle se trouvait sans que quiconque en ait été informé.

Dernier exemple en date, le site Elysee.fr de la présidence de la République. Quelques mois après l’arrivée au pouvoir du nouveau Président François Hollande, c’est en toute discrétion que la quasi-totalité du contenu du site Internet de la précédente équipe présidentielle a disparu ! Une suppression mise sur le compte d’un budget serré et d’un problème de sécurité : deux prétextes qui prêtent à sourire quand on connaît les coûts d’un hébergement et qu’on connaît les sommes investies dans d’autres médias quand il est question d’information des citoyens.

Techniquement, il n’y avait aucune difficulté à reprendre le contenu du site précédent et à l’isoler de celui de l’équipe du nouveau Président. Si des sites publics autrement plus complexes, comme Legifrance ou le site de l’INRS, ont réussi des transitions délicates en toute transparence pour l’internaute et pour les maîtres toile qui avaient établi des milliers de liens vers eux, on a du mal à croire que le site de l’Élysée soit confié à une équipe d’amateurs incapables de faire de même.
Coût superflu ou doublon quand on sait que le site a été déposé à la Bibliothèque nationale de France (BNF) ? Prétexte fallacieux puisque ces archives de l’Internet ne sont consultables que dans les salles de lecture depuis les postes d’accès aux ressources numériques de la bibliothèque, et ce sur accréditation…

Que l’on ait apprécié ou non la politique de Nicolas Sarkozy, il a été, en son temps, élu par une majorité de Français, tout comme François Hollande, et a incarné la parole de la France durant son Quinquennat. Le site présidentiel fait donc partie d’une mémoire qui appartient aux citoyens, et ce d’autant que ce sont les contribuables qui ont payé pour qu’elle puisse être mise en place ! Peu importe à quel parti appartenait le candidat avant d’être élu, dans l’esprit de la Constitution, il est le Président de tous les Français.

Alors que les élus aiment à servir le devoir de mémoire et la neutralité de Net à toutes les sauces, voilà qu’ils s’empressent de faire disparaître les traces du passage de leurs opposants. Que penser de tels agissements ? Ils sont tout simplement stupides et dénotent une grande méconnaissance d’Internet.
C’est être naïf que de croire que le site Web de la présidence de la République n’est qu’un outil de propagande qu’il convient de fermer au plus vite. En effet, nombreux sont les sites qui s’appuyaient sur les documents disponibles (communiqués de presse, vidéos des discours, pages d’information) pour étayer leurs critiques à l’égard de la politique menée par le prédécesseur de François Hollande ; des sites qui, pour certains, ont eu une importance non négligeable sur les résultats de l’élection présidentielle.
Supprimer le contenu du site Elysee.fr ne sert donc pas l’actuel Président et ne rend pas service aux citoyens.

Ce n’est pas être partisan que de faire un tel constat, d’autant que l’équipe de François Hollande ne reproduit là qu’un comportement qui existe déjà depuis de nombreuses années. Plusieurs organismes de santé publique ont, par exemple, fait disparaître des documents relatifs à la vaccination contre la grippe A-H1N1 suite au fiasco de la campagne orchestrée par Roselyne Bachelot. Que des entreprises privées utilisent les mêmes méthodes pour faire disparaître des documents qui ne sont pas à leur avantage est déjà discutable (surtout lorsqu’elles font aussi pression sur des sites indépendants pour qu’ils retirent des pages qui ne leur conviennent pas), mais que des autorités publiques agissent de cette façon, ce n’est pas admissible.

Les citoyens gagneraient à ce que des archives incrémentales de tous les sites officiels soient accessibles facilement, qu’elles ne soient pas modifiées a posteriori et qu’elles ne soient pas réservées aux seuls chercheurs, sur le même principe que Legifrance. Un travail de titan, mais une stratégie qui pourrait se révéler payante si l’on en croit le Maréchal Foch pour qui « un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir ».

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