L’amiante et ses risques professionnels

Les salariés qui ont été exposés à l’amiante ou qui le sont encore bénéficient d’une surveillance médicale qui comporte des examens réglementaires : radiographie pulmonaire et exploration fonctionnelle respiratoire. Depuis peu, une surveillance a également été mise en place dans certaines régions de France pour les artisans récemment retraités : elle comporte la réalisation d’un scanner spiralé. Toutes les pathologies liées à l’amiante, qu’elles soient bénignes ou malignes, peuvent faire l’objet d’une reconnaissance au titre des maladies professionnelles. Pour la Sécurité sociale, une exposition même ponctuelle à l’amiante ne s’opposera pas à la reconnaissance du mésothéliome au titre des maladies professionnelles.

Il n’est pas nécessaire pour un professionnel d’avoir été longuement exposé à l’amiante pour que les risques de développer une maladie liée à l’amiante soient augmentés. Il est important de connaître ces éléments, car ils sont fondamentaux pour une éventuelle demande d’indemnisation.

Histoire de l’amiante

Masque de protectionL’amiante a été introduit massivement dans les pays industrialisés à la fin de la Première Guerre mondiale et son usage s’est ensuite massivement développé. L’utilisation de l’amiante n’a pas été contrôlée en France jusqu’en 1977, date à laquelle des normes d’exposition aux fibres ont été instaurées, après qu’il ait été classé comme cancérogène certain depuis 1976.
En 1982, en raison des enjeux économiques majeurs, les industriels de l’amiante ont créé et financé un organisme informel, le Comité permanent amiante (CPA), qui mènera, pendant douze ans, la politique sanitaire dans ce domaine. Face au retard pris, en France, quant à l’arrêt de l’utilisation de l’amiante, ce Comité sera dissout par le gouvernement d’Alain Juppé, suite à ce que l’on a appelé le « scandale de l’amiante ».

L’amiante est interdit en France depuis 1997 par le décret nº 96-1133 du 24 décembre 1996 relatif à l’interdiction de l’amiante. La politique concernant l’amiante a longtemps été calquée sur celle des autres toxiques industriels (silice, fer, etc.). Elle a changé lorsque l’on a constaté que pour le mésothéliome la relation dose effet ne répondait pas au schéma habituel : il n’y a pas de seuil d’innocuité.

Professions concernées

Les professions concernées par l’exposition à l’amiante ont évolué au fil des décennies. Dans les années 60, il s’agissait des professions de la production et de l’utilisation de l’amiante. Dans les années 80-90, le risque le plus élevé concerne les métiers impliquant des interventions sur des matériaux contenant de l’amiante : tôliers chaudronniers, carrossiers industriels, plombiers, charpentiers, électriciens. Actuellement, les expositions à l’amiante se retrouvent dans des situations extrêmement nombreuses : soudeurs, techniciens de laboratoire, peintres, décorateurs, bijoutiers, ajusteurs, mécaniciens automobiles, etc.
Les niveaux d’exposition sont désormais beaucoup moins élevés que par le passé, néanmoins l’effectif de personnes concerné est important.

Le site de l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) est dédié entièrement à l’amiante. Il liste tous les métiers exposés dans la seconde œuvre du secteur d’activité du bâtiment, par exemple.
En effet, dans les édifices construits avant 1997, l’amiante est encore partout. Se trouvent ainsi exposés tous les travailleurs qui réalisent la maintenance ou la rénovation de ces bâtiments 1,2.

Tout professionnel qui intervient pour réaliser des travaux dans un bâtiment doit normalement se faire communiquer le dossier technique amiante, afin de savoir si ce matériau est présent ou non dans cet édifice. Il est très rare qu’un artisan venant faire des travaux chez un particulier ou dans une entreprise exige ce type de documents. La prévention dans ce domaine est encore loin d’être effective 3.

Pathologies liées à l’amiante

L’amiante est toxique par inhalation et peut provoquer des pathologies respiratoires. Certaines sont relativement bénignes (plaques pleurales, par exemple). D’autres sont très graves comme le cancer du poumon, le cancer de la plèvre (mésothéliome) ou les fibroses (asbestose).
D’autres tissus peuvent être atteints comme le péricarde ou le péritoine.

Les plaques pleurales sont présentes chez 8 à 50 % des exposés. Apparemment, il ne s’agit pas d’un facteur de risque supplémentaire de mésothéliome ou de cancer bronchique et elles sont considérées comme une pathologie bénigne.
Médecin regardant une radiographieLeur dépistage pouvant avoir des répercussions psychologiques négatives, la Société de pneumologie de langue française (SPLF) considère qu’il n’existe pas, actuellement, d’argument médical pour l’envisager 4.

Il est surprenant de noter le contraste existant entre l’intérêt médical et l’intérêt financier pour le salarié. En effet, si ce dernier est porteur de plaques pleurales, donc d’une pathologie liée à l’amiante, même si elle est bénigne, il peut d’une part prétendre à une retraite anticipée ( cessation de l’activité professionnelle à 50 ans au lieu de 60 ans) 5 et, d’autre part, obtenir une indemnisation par le Fonds d’indemnisation pour les victimes de l’amiante (FIVA), soit environ 20 000 € pour des plaques pleurales…

Pour ce qui est du cancer bronchique, l’exposition à l’amiante en est un facteur étiologique reconnu. Il existe une relation dose effet bien documentée. Pour autant, selon la SPLF, « il n’existe pas à l’heure actuelle d’éléments suffisamment solides pour juger de l’efficacité d’un dépistage sur la mortalité spécifique par cancer bronchique, que cela soit par la cytologie d’expectoration ou la radiographie pulmonaire ».

Concernant le cancer de la plèvre (mésothéliome), il existe une relation entre la durée d’exposition, la dose et la survenue de cette pathologie. Une élévation significative du risque de décès par mésothéliome pour des niveaux d’exposition faible a été prouvée.

« L’analyse des données recueillies entre 1978 et 1997 dans neuf départements français couverts par le réseau Francim des registres de cancer montre une augmentation progressive de l’incidence pour les cohortes les plus jeunes. Cette augmentation, linéaire chez l’homme, est exponentielle chez la femme. Le risque a triplé chez l’homme entre les cohortes 1913 et 1943, et chez la femme entre les cohortes 1923 et 1943. Cette augmentation de l’incidence jusqu’à la cohorte la plus récente laisse présager une poursuite de l’augmentation de l’incidence dans les décennies à venir […] » si l’on en croit le compte-rendu du Symposium « Amiante et risques professionnels : études épidémiologiques récentes » de novembre 2003 organisé par l’Institut de veille sanitaire, le ministère du travail et celui de la santé.
En dehors d’une exposition à l’amiante, on observe un cas de mésothéliome par million d’habitants. En dehors de l’exposition à l’amiante, aucun facteur de risque associé n’est actuellement connu.
Le temps de latence entre l’exposition et la survenue de la maladie se situe entre 30 et 40 ans.
Il n’existe pas d’examens complémentaires non invasifs permettant un dépistage utile en pratique systématique. Bien que seules la radiographie et les explorations fonctionnelles respiratoires soient utilisées en pratique courante par les médecins du travail en raison de la réglementation actuelle, c’est au scanner spiralé qu’il serait préférable d’avoir recours si l’on en croit la SPLF.

Comme il a été précisé, le mésothéliome peut se développer sur d’autres séreuses comme le péritoine et le péricarde. Ces localisations sont beaucoup plus rares.

Une véritable « épidémie » de mésothéliomes

Nous allons assister à la poursuite de cette épidémie de mésothéliome durant encore deux ou trois décennies en France puisque son incidence augmente de 25 % tous les 3 ans.
Un programme national de surveillance du mésothéliome (PNSM) a été mis en place à la demande des pouvoirs publics. Ce système de surveillance épidémiologique est destiné à documenter de façon permanente les évolutions de l’épidémie. Il s’agit d’une une action concertée par le département santé travail de l’Institut national de veille sanitaire (Invs) qui fait appel à des spécialistes de divers domaines : épidémiologie, anatomopathologie, pneumologie, cancérologie, médecine du travail et hygiène industrielle. Parmi les objectifs du PNSM figurent l’amélioration du diagnostic et l’amélioration de la prise en charge en maladie professionnelle des mésothéliomes pleuraux.

Le pronostic du mésothéliome reste sombre. Une survie longue est corrélée à un plus jeune âge au moment du diagnostic, à un type histologique épithélioïde et à une exposition professionnelle établie à l’amiante 6.

La fibrose pulmonaire ou asbestose est retrouvée chez 2 à 15 % des travailleurs exposés et la relation dose effet est nettement démontrée au plan épidémiologique. Le tabac joue un rôle aggravant.
La fibrose surtout si elle est évolutive, est un facteur de risque supplémentaire du cancer bronchique. Aucun traitement n’est disponible pour cette fibrose.

Toutes les pathologies listées ci-dessus peuvent être indemnisées au titre des maladies professionnelles sur les tableaux nº 30 et nº 30 bis du régime général.

Un autre drame sanitaire ?

La France a connu plusieurs drames sanitaires avec le sang contaminé, l’hormone de croissance, l’amiante, etc.
Le Conseil d’État a rappelé à l’occasion des « arrêts amiante » de mars 2004 que seul l’État est responsable de l’évaluation des dangers potentiels et des risques des substances chimiques (100 000 substances chimiques sont sur le marché, 30 000 sont potentiellement dangereuses, seulement 5 000 ont vu leurs risques évalués à l’échelle mondiale) 7.
De nombreux intervenants en santé au travail sont inquiets et se demandent si les nanoparticules ne constitueront pas un drame sanitaire dans les décennies à venir puisqu’on les utilise sans connaître leurs effets sur la santé et que les équipements de protection ne sont pas adaptés. Des médecins du travail ont décidé de tirer le signal d’alarme 8. Seront-ils entendus par nos gouvernants ?

 

 

 


1- Exposition à l’amiante dans les bâtiments construits avant 1997 sur le site de l’Inrs.

2- Amiante dans les bâtiments sur le site du ministère du logement.

3- Dossier technique amiante sur Atousante.com.

4- Toutes les données médicales de cet article concernant les pathologies liées à l’amiante sont consultables dans les « Recommandations pour le dépistage des pathologies liées à l’amiante en 2006 » sur le site de la Société de pneumologie en langue française.

5- Cessation anticipée d’activité des travailleurs de l’amiante sur le site du ministère du travail.

6- Mencoboni M et coll. , Comparison between short and long survivors consecutively diagnosed in a large hospital and included in the regional population-based mesothelioma registry ; 19th International Anti Cancer Treatment- ICACT (Paris) : 5-8 février 2008

7- Dossier nanoparticules sur le site Atousante.com.

8- « Dépistage des pathologies professionnelles liées à l’amiante et responsabilité médicale : les doutes d’un médecin du travail » sur le site Droit-medical.com site spécialisé en droit médical et en droit de la santé.

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