Le dépistage du cancer de la prostate pointé du doigt

Savoir dire stopLe dépistage du cancer de la prostate tel qu’il est pratiqué actuellement a-t-il un véritable intérêt pour les patients ? Chacun sait qu’en matière de cancer, le dépistage a toujours été présenté comme la meilleure solution pour déceler une tumeur le plus tôt possible afin d’intervenir et, dans la plupart des cas, de permettre au patient de vivre heureux et d’avoir beaucoup d’enfants. Partant de ce principe, de nombreux examens ont été mis à la disposition des praticiens pour traquer les tumeurs avant qu’elles ne soient symptomatiques : plus question d’être un malade qui s’ignore…

Mais tout n’est pas si simple, car les facteurs médicaux et humains ne sont pas les seuls à entrer en jeu dans le dépistage : le facteur économique est tout aussi présent.
Tout d’abord en termes d’économies de santé : traiter une maladie telle que le cancer à ses débuts coûte souvent moins cher que de la prendre en charge à un stade avancé.
Pour la société ensuite, car même si c’est cruel à dire, garder en vie une personne dont elle a financé l’éducation, qui a de l’expérience, voire même du talent ou du génie, en âge de produire et de la faire progresser, est un facteur économique non négligeable.
Sans oublier un aspect plus trivial de ce dépistage : les examens qu’il nécessite sont rémunérateurs et débouchent souvent sur une prise en charge thérapeutique susceptible de rapporter de grosses sommes d’argent à ceux qui en sont chargés, élément qui ne manquera pas de nuire à plus ou moins long terme à l’objectivité de certains.

Bien sûr, lorsque l’on pose la question au premier quidam venu en lui demandant s’il veut savoir s’il a un cancer tout en lui expliquant qu’on peut lui proposer des traitements si tel est le cas, la majorité s’empresse de répondre “oui”. Mais à bien y réfléchir, la réponse motivée par un instinct de survie et une confiance rassurante et souvent aveugle en un système de santé est loin d’être aussi évidente…

Pour qu’un dépistage soit intéressant pour un patient, il faut qu’il soit fiable et utile. Pour ce qui est du cancer de la prostate, le plus vieux dépistage connu est clinique : il s’agit du toucher rectal. Le médecin introduit un doigt dans l’anus du patient et vient palper sa prostate à travers la paroi de son rectum à la recherche d’un nodule ou d’une induration. Ce geste, pourtant simple, mettant mal à l’aise de nombreux patients, comme de nombreux médecins, pour des raisons culturelles y associant une valeur sexuelle plutôt qu’un geste purement médical, n’est que très peu pratiqué. Il l’est d’autant moins que depuis plusieurs années un test sanguin dosant les antigènes prostatiques (PSA) est à la disposition des praticiens et qu’il est beaucoup plus simple de prescrire une analyse de sang à un homme que de tenter de lui faire comprendre que c’est pour son bien que l’on va lui introduire un index dans les fesses. L’augmentation du taux de ces antigènes déclenche un bilan plus poussé, aboutit souvent à la détection d’une tumeur et justifie l’avis d’un chirurgien urologue, ceci expliquant que le patient se retrouve avec une partie de la prostate en moins dans un très grand nombre de cas.
Le problème est que cette chirurgie est loin d’être anodine, même entre des mains expérimentées, et que ses effets indésirables ont conduit des patients et des médecins à se poser la vraie question : le dépistage du cancer de la prostate, sous sa forme actuelle, est-il utile au patient en terme de survie et accessoirement en terme de qualité de vie ?

Alors que la bataille fait rage actuellement à ce sujet sur le Net et dans les médias, une équipe de chercheurs suédois vient de publier une étude dans le BMJ ayant duré plus de 20 ans à ce sujet. Pour ces auteurs, le dépistage du cancer de la prostate tel qu’il est pratiqué actuellement ne permet pas de faire diminuer le nombre de morts lié à cette maladie et ne permettrait pas non plus de vivre plus longtemps en cas de résultat positif.  Par contre, elle met en évidence ce que ces médecins appellent un excès de diagnostics et de traitements. Des hommes qui n’ont aucun symptôme se retrouvent considérés comme des malades à traiter rapidement alors que le caractère impératif et systématique de ce traitement n’est pas évident et que des résultats sont faussement positifs.
Pour les chercheurs, avant d’être soumis à un dépistage du cancer de la prostate par dosage des PSA, « tous les patients asymptomatiques devraient être informés des dangers potentiels d’un traitement à visée curative en cas de diagnostic positif. Il s’agit notamment de troubles de l’érection ou de l’éjaculation, d’incontinence urinaire et de problèmes coliques. L’inconfort associé à la biopsie de la prostate et les effets psychologiques de résultats faussement positifs doivent également être pris en considération. Le prochain objectif pour le dépistage du cancer de la prostate devrait plutôt être de trouver des moyens de distinguer les tumeurs à haut risque des tumeurs peu évolutives et de développer un traitement moins agressif pour ces dernières plutôt que d’optimiser la sensibilité des tests de diagnostic ».

Le dépistage du cancer de la prostate : une question de doigt et d’honneur qui mérite plus que jamais d’être posée…

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