Faut-il dire au patient qu’on lui prescrit un placebo ?

Placebo ou médicament ?Même quand les patients savent qu’ils prennent un placebo, ils peuvent tout de même voir leurs maux s’atténuer, si l’on en croit une étude de chercheurs travaillant pour l’école de médecine de l’université Harvard. C’est tout du moins le cas pour les patients souffrant d’un syndrome traité par les gastro-entérologues qui ont participé à ce travail intitulé Placebos without Deception: A Randomized Controlled Trial in Irritable Bowel Syndrome , ce qui peut se traduire par « Placebos sans tromperie : un essai contrôlé randomisé dans le syndrome du côlon irritable », et paru en décembre 2010.

Si cela fait longtemps que des travaux ont montré que la prise d’un comprimé factice ou d’un traitement dépourvu d’activité pharmacologique sans que le patient le sache peut améliorer son état. D’ailleurs, plus de la moitié des médecins reconnaissent qu’il leur est arrivé de prescrire un placebo en raison de cet effet non négligeable. Cela pose des questions éthiques, car un médecin n’est pas censé prescrire un faux médicament ou un produit neutre à un patient en lui racontant que ce qui est sur l’ordonnance est très efficace. Trouver comment les praticiens peuvent tirer de l’effet placebo tout en répondant aux exigences légales, comme le consentement éclairé, n’est pas chose facile.

Mais cette fois, la transparence a été le mot d’ordre : les malades ont été informés que, par tirage au sort, ils allaient prendre des pilules contenant une substance inerte, comme du sucre, ayant déjà apporté dans des études cliniques une amélioration significative des symptômes du colon irritable par le biais d’un processus d’autoguérison corps-esprit, ou qu’ils ne recevraient aucun traitement pour constituer un groupe témoin.
Tout le monde a eu un entretien avec un professionnel de santé au cours duquel il a été expliqué que l’effet placebo était puissant ; que le corps pouvait réagir automatiquement aux pilules placebo comme les chiens de Pavlov salivaient quand ils entendaient une cloche ; qu’une attitude positive était utile, mais pas indispensable et qu’il était important de prendre le traitement consciencieusement.

Deux pilules par jour et trois semaines plus tard, même si le nombre de patients est assez faible, quelques données manquantes et une durée du suivi assez courte, les patients “traités” par le placebo avaient des résultats significativement meilleurs que ceux qui n’avaient eu que les bonnes paroles.
Élément tout aussi intéressant, 8 % des malades ayant pris le placebo ont rapporté des effets secondaires à mi-parcours et 14 % à la fin du traitement.

Première étude ouverte sur l’effet placebo, les résultats se montrent meilleurs que toutes les études où les patients ignoraient qu’ils prenaient un placebo.
Dire la vérité au patient et prendre le temps de lui expliquer les bienfaits de ce qui lui est prescrit : un retour aux fondamentaux ?

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