Comment expliquer aux patients les dépassements d’honoraires ?

Monnaie et StéthoscopeDepuis 2010, contrairement à une idée très répandue dans l’opinion publique, les dépenses de santé sont systématiquement moins élevées que ce qui est prévu, chaque année, par la loi de financement de la Sécurité sociale. En 2012, cette économie sur la somme allouée par le Parlement, fin 2011, pour les frais pris en charge par l’assurance-maladie devrait même battre un record et avoisiner le milliard d’euros, d’après le journal Les Échos. Voilà qui est loin d’être négligeable lorsque l’on sait que les dépenses publiques, dans leur ensemble, ne cessent quant à elles de dépasser le budget prévu.

Si différentes explications sont à l’origine de cette augmentation plus raisonnable que prévu des dépenses de santé, tout le monde s’accorde pour constater que c’est principalement grâce à une meilleure gestion des soins de ville qu’une telle chose est devenue possible. Dans ces conditions, comment expliquer qu’il soit politiquement plus correct de stigmatiser les soins de ville, au rang desquels figurent les honoraires des médecins, que de reconnaître que des efforts constants ont été réalisés ? Peut-être en tenant compte du fait que les médecins n’ont pas su communiquer au fil du temps ; une erreur que ne semble pas vouloir reproduire la nouvelle génération de praticiens libéraux.

Loin de leurs confrères proches de la retraite qui se plaignent alors qu’ils ont connu le temps où les feuilles de soins n’existaient pas et où les patients réglaient volontiers leurs consultations en espèces, le temps où le régime complémentaire de retraite des médecins donnait trop généreusement ses points, le temps où avoir une grosse cylindrée permettait de réduire ses charges professionnelles, le temps où l’on préférait croire aux promesses de la Sécurité sociale de revaloriser le tarif des consultations, les jeunes praticiens ont compris qu’on voulait leur faire payer l’insouciance et les erreurs de leurs aînés, et que l’avenir qui leur était promis ne serait pas radieux. Plutôt que de rester les bras croisés, certains d’entre eux organisent la riposte en se servant des outils de communication modernes.

Rejetant leurs instances syndicales et ordinales qui, à leurs yeux, n’ont plus rien de représentatif, ces médecins qui sont encore très loin de leur retraite ont tous un compte Twitter, un profil Facebook ou un blog qu’ils alimentent de leurs expériences sur le terrain pour faire part de leur ras-le-bol. Il leur arrive même de s’en servir comme d’une tribune quand ils estiment être injustement attaqués sur un sujet tel que celui des dépassements d’honoraires.

Même si l’action semble partisane, au point qu’elle oublie de préciser que le blocage des honoraires des médecins et l’hallali contre leurs dépassements sont les fruits d’une politique de droite comme de gauche, la vidéo de Dr Pepper, un interne breton en pleine préparation de l’ECN, expliquant aux internautes pourquoi les dépassements existent en est un parfait exemple.

La grève des médecins expliquée ! Stop à la manipulation politique !

 

Certains regretteront que ce message soit un peu trop militant ; présenté comme il est, et facile à comprendre, il aurait été encore plus utile et percutant en évitant une personnalisation par trop grossière.

Une impertinence, sous couvert d’anonymat, qui fait frémir les pouvoirs en place. À tel point qu’il est probable que l’utilisation d’un pseudonyme pour s’exprimer ainsi sur un sujet professionnel ne soit, un jour prochain, plus permise aux médecins sans qu’ils puissent être clairement identifiés par les instances chargées de les encadrer. Les sages-femmes viennent de faire les frais d’une réforme de la sorte. Leur code de déontologie prévoit, en effet, depuis juillet 2012, qu’une sage-femme qui se sert d’un pseudonyme pour des activités se rattachant à sa profession est tenue d’en faire la déclaration au conseil départemental de l’ordre dont elle dépend.

Si Internet perd la mémoire, il faut espérer tout de même que tous ces pamphlets du début de siècle ne disparaîtront pas trop vite…

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