Les contraceptifs oraux jouent sur la mémoire

Femme regardant sa plaquette de pilulesQue les femmes qui prennent la pilule se rassurent, si des chercheurs de l’université de Californie, Irvine, ont montré que les contraceptifs oraux avaient un effet sur la mémoire, ils ne semblent pas la détériorer. Ils modifient les souvenirs que leurs utilisatrices auront tendance à assimiler, mais ils ne donnent pas plus de trous de mémoire que si l’on a recours à un autre moyen de contraception.

Selon les scientifiques, les femmes sous pilule intégreront plus facilement les souvenirs chargés d’émotions, tandis que les autres retiendront plutôt les détails. Cela n’a rien d’étonnant pour Shawn Nielsen, l’une des chercheuses ayant participé à ces travaux publiés en septembre dans la revue Neurobiology of Learning and Memory, puisque la pilule fait baisser le taux d’hormones sexuelles telles que les oestrogènes et la progestérone, substances dont on a déjà prouvé qu’elles jouaient un rôle sur une partie du cerveau (l’hémisphère gauche) utilisée par les femmes pour la mémoire. Ces résultats sont néanmoins particulièrement intéressants, car « il y a seulement une poignée d’études sur les effets cognitifs de la pilule, et plus de 100 millions de femmes l’utilisent dans le monde entier. »

Pour le neurobiologiste Larry Cahill, qui travaille avec Shawn Nielsen, « cette nouvelle découverte peut surprendre certaines personnes, mais c’est une conséquence naturelle des recherches effectuées ces 10 dernières années sur ​​les différences entre les sexes » ; un avis que partagent d’autres spécialistes de la mémoire.

Dans cette étude, des photos d’un accident de voiture impliquant une mère et son enfant ont été montrées à des groupes de femmes dont certaines prenaient la pilule et d’autres pas. Le commentaire audio diffusé durant la projection des images variait d’une femme à l’autre au sein des différents groupes : à certaines, on expliquait que la voiture avait heurté un trottoir ; aux autres, que l’enfant avait été renversé et grièvement blessé.
Une semaine plus tard, alors qu’elles ne s’y attendaient pas, elles ont toutes été interrogées sur ce dont elles se souvenaient de l’accident.

Les femmes sous contraception orale depuis au moins un mois se rappelaient plus clairement des différentes étapes de l’accident — qu’il y ait eu un accident, que le garçon ait été transporté à l’hôpital, que les médecins aient oeuvré pour lui sauver la vie et qu’ils aient réussi à lui éviter de perdre ses pieds, par exemple.
Les femmes qui ne prenaient pas la pilule se souvenaient plus des détails, comme de la présence d’une bouche à incendie à côté de la voiture accidentée.

Pour les scientifiques, ces résultats pourraient en partie expliquer pourquoi les femmes souffrent plus souvent de stress post-traumatique que les hommes et pourquoi les souvenirs des hommes sont fréquemment différents de ceux des femmes. Les hommes font plus souvent appel à l’activité cérébrale de leur hémisphère droit pour encoder leurs souvenirs. Ils retiennent l’essentiel des évènements, mais moins les détails. Les femmes sous pilule, qui ont donc les taux d’hormones féminines les plus bas, ont le même type de mémoire que les hommes.
Comme toujours, ces travaux demandent à être confirmés par d’autres études, mais ils permettent déjà de faire progresser nos connaissances sur la mémoire.

Une chose est sûre : quel que soit l’hémisphère, mieux vaut ne pas oublier de prendre sa pilule.

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