Encore plus déprimé sous antidépresseurs ?

Ombre de soi-mêmeSelon une analyse de l’Assurance-maladie publiée en mars 2011, après avoir été pendant de nombreuses années les premiers au classement des consommateurs d’antidépresseurs en Europe, les Français ont réduit leurs besoins en ce domaine entre 2006 et 2009 au point de ne plus occuper que la troisième place de ce comparatif. Malheureusement, si ces ventes font le bonheur des industriels, il semble qu’il n’en soit pas toujours de même pour les patients

Une étude, publiée dans la revue Archives of General Psychiatry de décembre 2011, qui s’est tout particulièrement intéressée à la Duloxétine, un antidépresseur de la famille des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine-noradrénaline, montre, par exemple, que certains patients traités par cette molécule verraient leur état dépressif s’aggraver si on le compare à celui d’autres patients mis sous placebo.

Alors que le nombre élevé d’échecs dans les essais cliniques relatifs à la dépression pourrait être dû à un taux important de réponse au placebo et à des méthodes statistiques standards inadaptées face à l’hétérogénéité dans la réponse au traitement, les chercheurs de l’Université Yale ont entrepris des études en double aveugle visant à comparer l’effet de la duloxétine par rapport à celui d’un inhibiteur sélectif de la recapture de la sérotonine (SSRI) ou d’un placebo.

Si un peu plus des trois quarts des patients traités par une vraie molécule ont connu une évolution favorable de leur maladie dans les deux premiers mois, cela n’a pas été les cas pour le quart restant chez qui la maladie s’est même aggravée de façon statistiquement significative par rapport aux patients sous placebo, en plus de souffrir des effets secondaires propres à ces traitements.

Pour les chercheurs, il n’est pas possible de savoir à l’avance qui répondra ou non au traitement et il est donc important d’assurer un suivi rigoureux des patients chez qui un inhibiteur de la recapture de la sérotonine-noradrénaline est prescrit afin d’identifier rapidement les non-répondeurs. Il suffit d’ailleurs d’une à deux semaines pour se faire une idée de l’efficacité du traitement et prendre les mesures qui s’imposent.
Il est bon de savoir qu’une non-réponse à un produit de cette famille d’antidépresseurs ne veut pas dire que le patient ne sera pas sensible à une molécule d’une autre lignée, même si les chances diminuent à chaque nouveau traitement essayé.

En 2009, la base de remboursement par le régime général de la caisse nationale d’assurance-maladie des travailleurs salariés des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine-noradrénaline (Cymbalta®, Ixel®, Effexor® et ses génériques) s’élevait, en métropole, à plus de 131 millions d’euros pour près de 7,6 millions de boîtes remboursées. Si l’on y associe les SSRI, la base de remboursement s’élève à 414,2 millions d’euros et le nombre de boîtes à 34,4 millions. Avec les autres antidépresseurs, la base de remboursement atteint plus de 605 millions d’euros pour un peu moins de 47 millions de boîtes remboursées. Le marché de la dépression se porte plutôt bien…

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